dimanche 26 octobre 2025

Accord de partenariat économique : quels impacts sur l’agriculture camerounaise ?

 

Les accords de partenariats économiques (APE) sont des accords commerciaux signées entre l’Union Européenne (UE) et les pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et dont le but est de favoriser les échanges entre les parties signataires. Les APE interviennent après une série de rencontres entre l’UE et les pays des ACP ayant conduit à la signature de plusieurs accords, notamment la convention de Yaoundé (1963), la convention de Lomé (1975) et l’accord de Cotonou (2000). Les APE représentent donc le volet commercial de l’accord de Cotonou devant être ratifié individuellement par l’UE avec chacune des 7 sous-régions inclues dans les ACP.

Dans la pratique, la signature des APE doivent conduire à la levée des barrières tarifaires de manière asymétrique entre les partis. D’un côté, l’UE supprime immédiatement les barrières tarifaires sur tous les produits provenant des pays signataires, et de l’autre côté, les pays de l’ACP signataires doivent réduire les barrières tarifaires sur les produits en provenance de l’UE d’une proportion négociée et sur une période déterminée par les parties. Ainsi, l’accord de partenariat ratifié par le Cameroun en Juillet 2014 et entré en vigueur en Août 2016 prévoit la levée de 80% des droits de douane sur les produits européens étalé sur une période de 15 ans.

Alors que les pays d’Afrique australe, d’Afrique orientale, des Caraïbes et du Pacifique ont tous signé les APE ensemble, on observe que dans la sous-région Afrique centrale, le Cameroun a signé cet accord de manière solitaire. Cette décision du gouvernement camerounais a suscité de nombreuses questions sur l’opportunité d’une telle démarche. 9 ans après l’entrée en vigueur de l’APE au Cameroun, les bénéfices de cet accord peuvent être questionnés. Aujourd’hui nous nous intéressons à ces bénéfices pour l’agriculture camerounaise, mettant en lumière les opportunités pour l’exportation des produits agricoles et l’impact des exonérations douanières pour l’agriculture camerounaise.

Opportunités d’exportations pour l’agriculture camerounaise

Comme précédemment évoqué, l’entrée en vigueur de l’accord de partenariats économique bilatéral entre le Cameroun et l’UE en Août 2016 a conduit à la levée immédiate de tout droit de douane sur les produits camerounais importé dans les pays de l’UE. Cette disposition apparait donc comme une occasion pour plusieurs secteurs de la production camerounaise de trouver de manière plus aisée un marché pour écouler leurs biens. Le secteur agricole camerounais étant avec le secteur des hydrocarbures les principaux secteurs exportateurs de produit du Cameroun vers l’UE, cette levée de barrière tarifaire apparait comme une aubaine pour les agriculteurs camerounais de pouvoir augmenter leur production sans couts supplémentaires dans la commercialisation de cette dernière. Ainsi, on peut observer entre 2016 et 2019, une augmentation significative des exportations des produits tels que les fèves de cacao, les produits légumineux ou encore des bananes. Cette augmentation est principalement portée par la demande européenne.

En plus de l’augmentation des exportations des produits agricoles sous leur forme primaire, l’APE est également l’occasion pour le Cameroun d’effectuer les premières transformations sur les produits agricoles afin de les exporter avec une plus-value. C’est dans ce sens qu’on observe une augmentation de plus de 100% des exportations du beurre de cacao du Cameroun vers l’UE entre 2016 et 2019 pendant que les exportations de pâte de cacao ont augmenté de plus de 22% sur la même période. L’APE entre le Cameroun et l’UE offre donc au secteur agricole camerounais les possibilités d’augmenter ses recettes tant sur les produits bruts que sur les produits agricoles ayant subit une transformation.



Programmes de développement mis en œuvre dans le cadre des APE

L’APE est un accord commercial qui promeut le partenariat pour le développement. L’accord entre le Cameroun en plus de la levée des barrières tarifaires se manifeste également par la mise en œuvre de programmes de développement sectoriels financés par l’UE ou les agences de développement des pays de l’UE au Cameroun. Ainsi, depuis la signature de l’APE, l’UE a financé des projets telles que le projet « Banana Accompanying Measures » qui avait pour objectif d’accroitre la productivité et la compétitivité dans le secteur bananier au Cameroun ou encore le projet « COLEACP Fit for Market » visant à favoriser la conformité aux normes dans la filière horticulture. De leur côté l’agence française de développement (AFD) et l’agence allemande de développement (GIZ) ont respectivement financé des projets pour l’appui à la Gestion Intégrée des Ressources Agropastorales au Nord Cameroun et pour la promotion du financement agricole au Cameroun.

La mise en œuvre de tous ces programmes dans le secteur agricole au Cameroun montre un intérêt particulier de l’Union Européenne pour le développement du secteur agricole camerounais. Si tous ces programmes visent des objectifs favorables au développement du secteur agricole, on peut cependant remettre en question leur capacité à répondre vraiment aux défis de l’agriculture camerounaise. D’un côté ces programmes visent très souvent au développement des filières qui alimentent le marché européen au détriment de la satisfaction des besoins des populations locales. De l’autre côté quand bien même la vente de produits sur le marché européen rapporterait des revenus dans le secteur agricole camerounais, aucun de ces programmes ne favorise la transformation locale de ces aliments, ce qui favoriserait l’augmentation des recettes perçues dans ce secteur.



Impact des exonérations douanières sur les produits européens pour l’agriculture camerounaise

L’asymétrie dans la levée des barrières tarifaires a poussé l’UE à supprimer toutes les barrières tarifaires sur les produits provenant du Cameroun alors qu’en retour le Cameroun ne supprimera que 80% de ces barrières sur 15 ans. Cet accord qui parait à priori très favorable au Cameroun peut paraitre beaucoup moins favorable lorsqu’on observe de plus près la nature des produits échangés entre les deux parties et le potentiel de gains fiscaux que peuvent rapporter chaque produit. En effet, alors que les produits exportés du Cameroun vers l’UE sont principalement des ressources naturelles sans transformation industrielle, les produits importés par le Cameroun et venant de l’UE sont des produits industriels avec une grande valeur et donc un grand potentiel fiscal pour l’économie camerounaise.

Cette différence de valeurs dans les produits vendus par les deux parties fait que l’économie camerounaise perd beaucoup plus en recette douanière qu’elle n’économise en exonération de de douane à la vente. Le ministère de l’économie de planification et de l’aménagement du territoire (MINEPAT) estime que la moins-value fiscale au 31 Décembre 2023 est de 70,5 milliards pour les produits importés de l’UE et 687,4 millions pour les produits importés de la Grande Bretagne. Ces pertes de recettes fiscales représentent des fonds qui auraient pu permettre de mettre en place des politiques de construction d’infrastructures, de subventions des intrants ou encore de modernisation des équipements afin de développer le secteur agricole au Cameroun.

 

Face à tout ce qui précède, on peut observer que la levée des barrières tarifaires par l’Union Européenne dans le cadre des APE est une opportunité unique pour l’agriculture camerounaise d’importer des biens naturels ou transformés sur un marché assez vaste. Cependant, à la lumière des pertes fiscales enregistrées par l’Etat Camerounais, nous sommes en droit de nous demander si le secteur agricole camerounais n’aurait pas plus bénéficié de politiques adaptées et financé par ces recettes fiscales qui se volatilise ? De la même manière, est-ce que les APE ne pourraient pas être accompagnés par des programmes plus adaptées aux aspirations du secteurs agricole au Cameroun ? Ces questions méritent chacune un développement plus approfondi afin de contribuer au développement du Cameroun.


par ALIMA Vincent

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